Stéphanie Salmin

Piano

Critiques Cd's


Clic Musique:

Mieczyslaw Weinberg (1919-1996)
Trio pour Piano, op. 24
Sonate n° 1 pour violoncelle et piano, op. 21
2 Romances sans paroles pour violon et piano
Rhapsodie sur un thème moldave pour violon et piano, op. 47 n° 3Trio Khnopff

Sadie Fields, violon
Stéphanie Salmin, piano
Romain Dhainaut, violoncelle

Créé en 2014 par trois musiciens belges, le présent trio a choisi le nom du peintre symboliste Fernand Khnopff. Pour leur premier disque, Sadie Fields, Stéphanie Salmin et Romain Dhainaut gravent quatre partitions du compositeur russe d'origine polonaise dont on découvre, depuis peu, l'importance du legs, dans la filiation de Chostakovitch. La prise de son à la fois charnue et précise sert admirablement leur interprétation fine et puissante du Trio op. 24. Une dizaine de versions existent dorénavant, mais celle-ci est portée par une liberté de ton et une forme d'élégance que l'on ne retrouve peu ailleurs. En effet, ils s'approprient cette musique, laissant du temps à l'immobilité et préservant la plus grande souplesse de ton dans le finale qui ne cesse de chanter. Le chant, précisément, avec, en première mondiale deux Mélodies sans paroles. Voilà un legs aux racines du chant russe, puisées dans le souvenir de Tchaïkovski. Weinberg au piano et Alla Vassilieva enregistrèrent la Sonate pour violoncelle et piano. Le violoncelliste Romain Dhainaut et de la pianiste Stéphanie Salmin affirment, à leur tour, leur belle personnalité dans cette page. Ils jouent des résonances, d'un dosage subtil entre l'expression pudique et les sourdes menaces, que porte cette partition d'une force peu commune. Weinberg à nouveau, mais cette fois-ci accompagné de David Oïstrakh laissa une version extraordinaire de la Rhapsodie sur des thèmes moldaves. Une insondable tristesse émerge du présent enregistrement, qui ne démérite nullement. La mélodie bien projetée et pourtant à peine appuyée au clavier dialogue magnifiquement avec un violon dont l'archet lyrique et généreux évoque aussi bien le lointain romantisme slave que les échos savoureux de la musique Klezmer (Jean Dandrésy)

L'idée de consacrer le premier album du Trio Khnopff à la musique de chambre de Mieczslaw Weinberg a vite fait l'unanimité au sein du trio: son Trio mêle expressionnisme et froideur déshumanisée, sa Sonate pour violoncelle cite à peu près toute l'histoire de la musique en vingt minutes (incluant le baroque et des accents presque jazzy), la sincérité de ses Chansons sans paroles émeut immédiatement et sa Rhapsodie consacre l'inventivité instrumentale et la virtuosité de son écriture pour les instruments à cordes. La charge émotionnelle, la qualité et l'originalité de leur écriture font de ces oeuvres des joyaux à découvrir parmi l'impressionnante production du compositeur Mieczslaw Weinberg qu'il est grand temps d'estimer à sa juste valeur. Notez que les Deux Chansons sans paroles ne sont pas encore publiées et font ici l'objet d'un premier enregistrement mondial.

Weinberg's Trio was one of the first big pieces we played together, and it has remained a unanimous favorite. The huge emotional spectrum, the quality and originality of the writing, the instrumental challenge, the composer himself (a young man facing the greatest personal and societal challenges) - this all comes together in his Trio to create a work that resonates deeply with us and that has been something of a constant companion. The idea of dedicating our first album to Weinberg, and more precisely to the pivotal time around 1945, felt like a natural one. His works from this time are extremely diverse: the Trio is monumental in breadth and emotional impact; the cello sonata seems to quote the entire history of music in twenty minutes (from the baroque to the jazz age!); the Songs Without Words and sincere and beautiful in their simplicity; and the Rhapsody showcases Weinberg's instrumental inventiveness by way of great violinistic virtuosity. Furthermore the Two Songs without Words, unpublished to this date, are here recorded as a world premiere.

Jérémie Cahen


La Libre :

Rossini Opéra à quatre mains Duo Solot

(MDM)

Publié le mercredi 07 septembre 2011 à 04h15 - Mis à jour le mercredi 07 septembre 2011 à 04h15

Le répertoire étant ce qu'il est - des transcriptions d'ouvertures et d'airs d'opéra de Rossini -, voici un CD jubilatoire. Même trafiquée pour piano à quatre mains - mais les transcripteurs sont ici Richard Kleinmichel, Louis-Moreau Gottschalk et Arnold Schönberg ! -, la musique de Rossini exulte, débordante de vitalité, de trouvailles et d'humour. Elle gagne évidemment en lisibilité, et c'est l'hommage indirect rendu au génie du compositeur. Enfin, elle trouve avec Stéphanie Salmin (déjà découverte lors du Reine Elisabeth 2007) et Pierre Solot, duo (oxymore) à la scène et la ville, des interprètes de choix : le piano est limpide, orchestré, dynamique, et, porté par un legato raffiné, le chant y est souverain.

1 CD Pavane Records ADW 75 -40, 65 min.



Duo Solot

Rossini : opéra à quatre mains

Ros­sini: opéra à quatre mains
Duo Solot
Sté­pha­nie Sal­min et Pierre Solot
CD Pavane RecordLe duo Solot, formé de Sté­pha­nie Sal­min et Pierre Solot en couple à la ville comme à la scène, pré­sente ici divers extraits d'opéra de Gioa­chino Ros­sini trans­crits pour piano à quatre mains. Pour être effi­cace, la lec­ture des ouver­tures du com­po­si­teur requiert une éner­gie colos­sale et une grande pré­ci­sion, sur­tout à quatre mains. Pétillantes et mélo­dieuses, ces ver­sions ont le mérite de res­ti­tuer tout le génie inven­tif et toute la verve de celui que l'on sur­nom­mait «le cygne de Pesaro». Les tou­chers des pia­nistes dyna­miques et sub­tils colorent bien ses par­ti­tions. Ces deux vir­tuoses se jouent de toutes les dif­fi­cul­tés tech­niques: le dis­cours est aisé, élo­quent. D'écou­ter l'ou­ver­ture ainsi que divers extraits du «Bar­bier de Séville» dans une trans­crip­tion magis­trale d'Ar­nold Schoen­berg pour s 'en convaincre. Les inter­pré­ta­tions des ouver­tures de «la pie voleuse», de «l'ita­lienne à Alger» (trans­crip­tions de Richard Klein­mi­chel) et celle de Guillaume Tell (trans­crip­tion de Louis Moreau Gott­schalk), tout aussi sédui­santes confirment le talent des inter­prètes. Sur un tempo par­fait, et l'exer­cice est périlleux, d'une belle jus­tesse de ton et d'une remar­quable homo­gé­néité , le duo relève haut la main ce défi. L'on en oublie­rait presque les ver­sions ori­gi­nales, l'or­chestre et les voix!

Anne Graf­teaux



Classic Toulouse :

L'orchestre à quatre mains

Le Duo Solot, composé depuis 2009 de Stéphanie Salmin et Pierre Solot, unis à la ville comme à la scène, pratique un vaste répertoire de piano à quatre mains. Après avoir publié un album CD consacré à des transcriptions d'extraits d'opéras de Rossini, ils abordent le monde symphonique. Ils jouent ici des transcriptions « originales », autrement dit signées des compositeurs eux-mêmes. Dvořák et Smetana, s'ils ont excellé à mettre en valeur les couleurs de l'orchestre, ont en effet réalisé des versions pour piano à quatre mains de leurs grandes pièces symphoniques.Stéphanie Salmin et Pierre Solot viennent de Namur. Ils ont ainsi décidé de constituer un duo permanent de pianistes et de poser leurs quatre mains sur un même clavier. Ils se produisent dans les plus grandes salles de Belgique et lors de divers festivals en Belgique et en France.

Ils jouent aussi en concert avec le Chœur de Chambre de Namur. En 2013, ils ont parcouru la Belgique avec la transcription pour piano à quatre mains du Sacre du Printemps d'Igor Stravinski, lors des diverses célébrations du centenaire de la création de cette œuvre. Le 12 avril 2015 ils étaient à l'Orangerie de Rochemontès pour un concert dominical particulièrement réjouissant au cours duquel ils ont joué une partie du programme gravé sur ce nouvel album CD. Un programme consacré aux deux compositeurs tchèques les plus célèbres du romantisme : Bedřich Smetana et Antonin Dvořák.


ResMusica :

La Bohème du Duo Solot

Après de pétillantes transcriptions d'ouvertures de Rossini, le jeune duo namurois consacre son deuxième disque à deux figures légendaires du romantisme tchèque, dont la musique est devenue universelle.

Si une vingtaine d'années sépare Antonín Dvořák de Bedřich Smetana, leur musique, qui est largement appréciée sans rechercher l'analyse, les rapproche par leur attachement viscéral à leur Bohème natale, sa nature, son histoire et ses traditions. Selon des approches différentes, le patriotisme de Smetana transpire, tandis que Dvořák noue une relation plus affective à sa terre, dont il s'était éloigné quelque temps, leurs œuvres ont parcouru le monde, par delà les modes et demeurent populaires aujourd'hui.

Le cycle Má Vlast de Smetana et la Symphonie n° 9 de Dvořák constituent des œuvres emblématiques de leurs auteurs, dont ils ont réalisé eux-mêmes la transcription pour piano à quatre mains, afin de favoriser leur diffusion jusque dans les foyers. La qualité d'écriture pianistique de ces arrangements fait la part belle aux effets de résonance et d'impact du piano, ainsi qu'à sa potentielle masse sonore. La clarté du discours mélodique et rythmique laisse apparaître avec précision la richesse polyphonique des ouvrages.

Composée en hommage aux États-Unis qui avaient accueilli Dvořák entre 1893 et 1896, la Symphonie n° 9 se souvient certes de quelques thèmes traditionnels américains, mais cela demeure de la musique tchèque. Bien qu'il fût magnifiquement accueilli comme professeur au conservatoire de New-York pendant quelque trois années, Dvořák ressentit la nostalgie de son pays, ce qui transparaît dans l'œuvre. Il expliqua avoir étudié des mélodies indiennes et tenté de transcrire leur esprit dans sa nouvelle symphonie. C'est ainsi que la célébrissime cantilène du largo, qui fut souvent reprise en chansons, notamment par un certain Bob Dylan, évoque des fumeroles indiennes.

Bien qu'elle fut destinée aux amateurs, cette transcription de la Symphonie n° 9 requiert des pianistes non seulement aguerris, mais virtuoses, tant la musique est dense pour en restituer toute la richesse orchestrale. Avec un engagement impressionnant Stéphanie Salmin et Pierre Solot transmettent pleinement l'esprit symphonique, clarifiant moult détails par la finesse et la coloration de leur toucher. Ils soulignent même certains aspects que l'orchestration rend parfois moins audibles. La cantilène de cor anglais du largo paraît ici en suspension avec toute sa force émotionnelle et l'on pourrait croire que c'est écrit pour le piano, tant la transcription de Dvořák est précise.

Composé entre 1874 et 1879 pour être créé à Prague en 1882, Le cycle de six poèmes symphoniques Má Vlast (Ma Patrie) de Smetana décrit la nature généreuse et évoque l'histoire de la fière Bohème. Seconde pièce du recueil et de loin la plus célèbre, Vltava, plus connue sous le nom allemand de Moldau, décrit le parcours de la rivière qui traverse Prague depuis sa naissance par la réunion de deux ruisseaux. Postérité inattendue, le thème principal de cette œuvre a inspiré l'hymne de l'État d'Israël, Hatikvah(l'Espérance). Constituant la troisième pièce du recueil, Šárka raconte l'histoire de la cruelle héroïne tchèque, qui après avoir séduit le guerrier Ctirad, puis enivré sa troupe, les fit tous massacrer. Avec leur virtuosité enthousiaste, Stéphanie Salmin et Pierre Solot transmettent autant l'esprit de la poésie romantique que la fureur de l'épopée guerrière. Un disque original proposant une nouvelle approche d'œuvres que l'on ne connaît peut-être pas si bien.

Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie N° 9 op. 95 « du Nouveau monde » ; Bedřich Smetana (1824-1884) : Ma Vlast ; Moldau, Šárka. Transcriptions originales des compositeurs pour piano à quatre mains. Duo Solot : Stéphanie Salmin et Pierre Solot. 1 CD Pavane Records ADW 7574. Enregistré en février 2015 au studio Tempo Primo. Durée totale : 62' 31.

Pavane


Duo solot:

Ils abordent la transcription de la plus fameuses des symphonies de Dvořák, la 9ème et dernière, baptisée « Du nouveau monde ». Cette « réduction », due au compositeur lui-même confie au seul clavier toute la richesse orchestrale. Comment le pouvoir des couleurs et de la variété sonore incarné par la partition orchestrale passe-t-il aussi aisément au piano ? L'aptitude étrange de la mémoire, celle des interprètes mais aussi celle de l'auditeur joue ici un rôle essentiel. Tel éclat de trompettes, tel solo de cor, telle invocation des altos ou des violoncelles apparaissent comme en filigrane sous les touches du piano. D'autant mieux et d'autant plus clairement que les interprètes colorent admirablement leur toucher. Et puis d'autres facettes de l'œuvre sont ainsi révélées par la transcription. La clarté de la polyphonie fait émerger certains détails, certaines voix secondaires que l'orchestration ne laissait pas toujours apparaître. Avec l'énergie et la passion de leur jeunesse, Stéphanie Salmin et Pierre Solot insufflent à l'ultime symphonie de Dvořák l'enthousiasme de la découverte. La vision d'un espace sans limite du premier mouvement, l'émotion du Largo avec son nostalgique solo de cor anglais (on le perçoit même au piano !), l'animation fébrile de la fête évoquée dans le Scherzo, conduisent inexorablement au final flamboyant, mené avec vigueur et détermination jusqu'à son terme. On ne peut résister à l'implacable montée d'adrénaline qui accompagne la coda.
La même impression émane des deux poèmes symphoniques extraits du cycle Má Vlast (Ma Patrie), de Smetana. Le plus célèbre, La Moldau (Vltava en tchèque) coule ici comme le fleuve mythique qu'il évoque et suit de la source à son entrée triomphale à Prague. Quant à Šárka, troisième page du recueil, elle illustre de manière impressionnante les violences que déchaîne l'héroïne vis-à-vis de ceux qui l'ont trahie. Le clavier se fait tempête !
Voici donc une parution originale qui permet la redécouverte de partitions pourtant bien connues mais abordées sous un angle nouveau.

Serge Chauzy